
4€ 14° année - n° 82 JUILLET AOUT 2006
Pays-Bas
: forte mobilisation des électeurs d'origine étrangère
aux élections municipales de mars 2006-07-11
Les élections qui ont eu lieu le 7 mars ont vu le succès des partis de gauche, PvdA (travailliste) et SP (extrême gauche). Elles ont été marquées par une participation plus importante qu'aux scrutins précédents des électeurs d'origine étrangère, qu'ils soient néerlandais ou nationaux d'un autre pays.
Sur les 11,8 millions d'électeurs potentiels, 2 millions environ sont allochtones, 1million d'Européens dont 320 Allemands, 80 000 Belges, 50 000 Britanniques... et un million de non-Européens dont 225 000 Surinamiens, 220 000 Turcs, 170 000 Marocains, 80 000 Antillais...
Depuis 1986
Une réforme de la Constitution est adoptée ave l'accord de tous les partis politiques en 1983. L'article 130 énonce : "La loi peut accorder aux résidents qui n'ont pas la nationalité néerlandais le droit d'élire les membres des conseils municipaux et le droit d'être membre d'un conseil municipal, à condition qu'ils remplissent au moins des conditions exigées des résidents de nationalité néerlandaise." Un loi électorale accorde en 1985 le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales à tous les étrangers après cinq ans de résidence (la condition de durée de résidence n'existe plus depuis le traité de Maastricht pour les ressortissants d'un autre pays de l'Union européenne).
C'est aux élections municipales de 1986 que ces dispositions ont été appliquées pour la première fois et que 42 étrangers étaient élus. 47 ont été élus aux élections suivantes de 1990, 66 en 1994, plus d'une centaine en 1998 et 2002.
La participation électorale
Tous les résidents, nationaux ou étrangers, en âge de voter sont électeurs aux Pays-Bas et reçoivent chez eux leur carte d'électeur. Il y est plus difficile d'avoir une idée précise de la participation électorale que dans les pays où l'inscription électorale est un acte volontaire.
Les estimations de taux de participation aux municipales des Néerlandais varient entre 50 et 65 % depuis vingt ans. La participation des étrangers a été évaluée à 40 % en 1986 et à des taux moindres aux élections suivantes, 33 % en 1990, 32 % en 1998.
En 2006, la participation des électeurs allochtones a été la plus importante jamais enregistrée, 44 %, avec des variations selon les pays d'origine : 52 % pour les Turcs, 45 % pour les Antillais, 42 % pour les Surinamiens, 39 % pour les Marocains...
Cette participation, variable également suivant les communes, semble influencée par la possibilité ou non qu'ont les électeurs de voter pour des candidats de même origine, quel que soit le parti qu'ils représentent.
L'utilisation du vote préférentiel
Depuis l'origine du vote des étrangers il y a vingt ans, le développement de partis ethniques ou islamiques était redouté par certains hommes politiques. Les différentes tentatives se sont soldées par des faibles scores électoraux ne mettant jamais en difficulté les partis néerlandais traditionnels.
En 2006, différents partis allochtones ou musulmans ont obtenu entre 3 et 6 % des voix à La Haye, Amsterdam, Nimègue, Breda ou Rotterdam.
Comme ce fut le cas en Belgique lors des dernières élections régionales, le vote préférentiel a été largement utilisé en faveur des candidats allochtones. Ces voix de préférence ont permis de faire élire dans plusieurs villes des candidats d'origine étrangère mal placés sur la liste de leur parti.
Le vote en faveur du Parti travailliste
Les commentateurs des élections de mars ont souligné le rôle prépondérant qu'auraient joué les électeurs allochtones, en particulier "musulmans", dans la victoire de la gauche qui avait présenté beaucoup plus de candidats étrangers que la droite. Pour un institut s'appuyant sur les sondages réalisées à la sortie des urnes, 80 % des 400 000 votants non-européens auraient voté pour les travaillistes, le reste ayant voté pour le SP ou Groenliks (les Verts). À Amsterdam, pur une moyenne générale de 39 % des voix au PvdA, ce parti a obtenu 87 % des votes turcs, 79 % des votes surinamiens et antillais, 76 % des votes marocains. À Rotterdam, pour une moyenne de 38 %, 84 % des Turcs, 86 % des Surinamiens et Antillais, 88 % des Marocains ont voté travailliste. Le Parti du travail, Partij van de arbeid, a été baptisé par des internautes Parti des allochtones, Partij van de allochtenen.
Jusqu'à ces dernières élections, seuls les Turcs avaient tendance à voter pour des candidats de même origine, quel que soit le parti. Les autres étrangers votaient en fonction de leur classe sociale et de l'orientation politique ; leurs votes se différenciaient peu de ceux des Néerlandais de souche de même catégorie sociale. Le vote de 2006 n'est peut-être que circonstanciel, protestation contre "un gouvernement qui discrimine, tant dans le ton que dans les mesures" comme le souligne l'échevin Groenlinks de Leiden et ancien député Mohamed Rabbac.
Il est impossible de faire la part du vote identitaire, du vote protestataire et du vote de classe, mais il y a désormais beaucoup d'élus "étrangers" dans les grandes villes néerlandaises et la découverte qu'il y a comme l'indique le chercheur Jean Tillée "un électorat allochtone oublié et qhttp://www.minorites.org/ue les partis doivent en tenir compte."
Bernard Delemotte
A partir des informations des sites :
http://www.suffrage-universel.be
et http://www.minorites.org
Beaucoup de données complémentaires
sur les résultats, sur les analyses des médias et des partis
politiques sont disponibles sur ces sites.