
4€ 12° année - n° 68 MARS AVRIL 2004
* Élections régionales
Après les nombreuses initiatives associatives et les engagements pris par des leaders de partis pour corriger la sous-représentation politique des Français d'origine étrangère (voir La Lettre n° 67), les listes présentées pour les élections régionales des 21 et 28 mars laissent peu de places éligibles aux candidats issus de l'immigration.
L'éditorial du Monde du 14 février titre "Beurs oubliés" et dans le même journal, Tokia Saïfi, secrétaire d'État et membre de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) tire la sonnette d'alarme. "J'en appelle aux responsables politiques. Peuvent-ils ignorer la diversité de notre société ? Peut-être faudrait-il instaurer une politique d'objectifs quantifiés et votés pour sortir de l'impasse pendant un laps de temps raisonnable, de l'ordre de quelques années, qui concernerait aussi bien le domaine politique que le secteur de l'économie. Il nous faut mener une politique plus volontariste pour parvenir à une mise à niveau républicaine."
C'est à l'UMP, parti du président de la République et du Premier ministre, que les réactions sont les plus vives : "L'UMP - qui compte plus de 10 000 noms à consonance arabe sur ses 150 000 adhérents, soit environ 8 % - nous a littéralement évincés de ses listes. Environ sept candidats seront présentés en position éligible" (Ali Boulala, membre du comité départemental de l'UMP Savoie). "M. Juppé nous avait garanti, les yeux dans les yeux, qu'il serait vigilant sur la question des places qui nous seraient accordées. C'est un échec et une immense désillusion" (Slimane Dib, président du groupe UMP au conseil municipal d'Aubervilliers, qui retire son nom de la liste présentée en Seine-Saint-Denis).
"En excluant des candidats issus des minorités,
on ne fait que creuser le fossé entre la politique et les citoyens"
(Sehrani Mebarek qui retire également sa candidature dans le Nord-Pas-de-Calais).
"Je me demande maintenant où sont les véritables racistes
dans la classe politique... Paradoxalement, celui qui garantit l'élection
d'une personne d'origine maghrébine, c'est le Front national" (Rachid
Kaci, secrétaire général de la Droite libre, un mouvement
associé à l'UMP, s'exprimant dans l'hebdomadaire d'extrême
droite Minute).