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4€ 11° année - n° 63 - MAI - JUIN 2003
À l'occasion du troisième anniversaire de l'adoption par l'Assemblée nationale du droit de vote des étrangers aux élections municipales, Votation citoyenne (secrétariat : LDH, 138 rue Marcadet 75018 Paris) a organisé le 26 avril une réunion qui se voulait symbolique car située dans les locaux de l'Assemblée nationale. Quatre parlementaires, des responsables politiques et associatifs, une soixantaine de participants ont alimenté la réflexion collective.
La position d'Yves Jego
Pour la première fois depuis longtemps, un
parlementaire de droite, Yves Jego, député de l'Union pour
la majorité présidentielle, a participé à une
réunion organisée par les associations militant pour le droit
de vote des résidents étrangers. Il soutient ce combat sur
les grands principes, mais le sujet n'ayant pas été inscrit
dans le programme électoral de la majorité, il n'envisage
pas qu'un accord puisse "être trouvé rapidement "La droite
doit en faire un engagement électoral et cet engagement doit devenir
une réalité, contrairement à ce qu'a fait la gauche."
Pour lui, le calendrier passe par une clarification de la politique d'immigration
et le chantier que le gouvernement va ouvrir sur l'intégration "le
droit de vote est une étape, l'étape ultime pouvant être
la quasi-automaticité de l'acquisition de la nationalité
française". Il est pour la double nationalité et estime qu'avec
l'Europe des vingt-cinq, l'absence de droit de vote des non communautaires
deviendra encore plus incompréhensible qu'aujourd'hui. Il est partisan
de dépassionner le sujet et de ne plus en faire un enjeu politicien.
Reste à convaincre ses collègues de la majorité dont
il dit qu'une petite minorité est pour le droit de vote, une plus
importante minorité contre, mais que la grande majorité n'a
pas de position établie sur la question. Il faut poursuivre l'action
"expliquer, convaincre, dédramatiser pour que ça devienne
une évidence".
Un calendrier favorable en 2005-2006
Patrick Braouzec, député communiste, a exprimé ses réserves sur le lien droit de vote - intégration proposé par Yves Jego "l'intégration est beaucoup plus complexe et ne se résume pas à l'apprentissage d'une langue". Il faut dissocier la nationalité, résultant en grande partie d'un hasard, de la citoyenneté qui est un désir de participer. Pour lui aussi, il faut dépassionner la question et ne pas rater un calendrier très favorable au débat public : 2005 et 2006 seront deux années sans aucune élection, avant les municipales, législatives et la présidentielle de 2007.
Serge Blisko, député socialités, pense qu'il y a effectivement une occasion favorable entre 2004 et 2006 et que l'inégalité des citoyens après l'élargissement à vingt-cinq de l'Union européenne, deviendra insupportable. Tout en se réjouissant de l'élargissement des combattants pour le droit de vote, il attire l'attention sur le cadeau empoisonné que pourrait représenter un droit de vote accordé en monnaie d'échange de mesures répressives sur les autres dossiers de l'immigration. "Ce piège doit être déjoué.".
Après avoir souligné l'anormalité
de la distinction des droits entre communautaires et non communautaires,
et rejeté l'argument de la réciprocité qui ne doit
en aucun cas concerner les citoyens, Nicole Borvo, sénatrice communiste,
a précisé le rôle éventuel du Sénat.
Ce dernier n'a pas été saisi, ni par le gouvernement Jospin
ni par son président Poncelet, de la proposition de loi votée
à l'Assemblée nationale le 3 mai 2000. Les modalités
particulières au Sénat de l'initiative parlementaire (la
"niche" qu'ont utilisée les Verts à l'Assemblée) comme
la procédure de discussion d'urgence demandée par trente
sénateurs, ne peuvent concerner que des textes déjà
déposés sur le bureau du Sénat.
La citoyenneté européenne de résidence
Au cours du débat, Jean-Paul le Marrec a insisté
sur l'intérêt des travaux de la Convention sur l'avenir de
l'Europe pour avancer le concept de citoyenneté européenne
de résidence, "moyen de combler le fossé entre les citoyens
et la construction européenne. Pour Paul Oriol, cette citoyenneté
européenne est d'autant plus importante qu'il n'existe pas de nationalité
européenne ; il a rappelé qu'actuellement le droit de vote
était considéré comme un facteur d'intégration
pour les résidents communautaires et l'aboutissement de l'intégration
pour les non communautaires. Pour Pierre Gineste, la position favorable
prise par l'Union pour la démocratie française, un des partis
de la majorité, change la donne et il faut dorénavant se
focaliser sur les élus et rechercher un consensus. Les responsables
nationaux du Parti communiste et des Verts ont rappelé que leur
parti était favorable au droit de vote des étrangers à
toutes les élections. À Ali Tlili, qui voulant dépolitiser
le débat et convaincre les indécis, Henri Leclerc répond
qu'il ne faut, au contraire, pas dépolitiser le débat et
qu'on ne peut séparer la question du droit de vote des autres dossiers
de l'immigration, même s'il n'exclut pas des gains partiels. S'interrogeant
sur l'absence d'avancée en France sur le sujet après près
de vingt ans de combats, H. Leclerc pense qu'il s'agit d'un héritage
de notre conception de la République depuis le Révolution
: réticence à dépasser le cadre national dans une
nation protectrice du droit ; difficulté à dissocier citoyenneté
et nationalité. La construction européenne et le développement
du droit international remettent en cause cette conception républicaine
et H. Leclerc conclut la réunion en trois points mobilisateurs :
1°) se battre pour la citoyenneté européenne de résidence
- 2°) combattre la notion de réciprocité - 3°) créer
un débat au sein de la droite.