Lors de sa naissance, nul parmi les initiateurs ne doutait de son utilité, aucun n'aurait probablement parié un kopeck sur sa survie. Le kopeck a été fortement dévalué. La Lettre de la citoyenneté (sur)vit.
Bien sûr, les circonstances n'étaient pas très favorables lors de sa naissance : rappelez-vous, 1992 et l'échec de la campagne "J'y suis, j'y vote". C'est même ce qui a poussé à lancer La Lettre. Au moment du reflux, il fallait continuer, dire que ce combat n'est pas de circonstance mais de fond ! Que la reconnaissance de la citoyenneté à tous les résidents quelle que soit leur nationalité n'était pas une campagne comme les autres... Et lors des attaques contre le code de la nationalité, la petite Lettre était là au milieu de la tourmente !
Ténacité ! En 1994, La Lettre publiait son premier sondage. Et a recommencé depuis, année après année, malgré le coût supplémentaire que cela représente pour elle. D'autant que les résultats montraient le chemin à parcourir : 30 %, seulement, des sondés favorables à l'extension du droit de vote pour les élections municipales et européennes à tous les résidents !
Cela ne s'améliorait pas l'année suivante (28 %) mais petit à petit, 32 %, 36 %, 42 %. Sans que personne, ni politique, ni journaliste ne daigne y prêter attention !
Surprise : Libération donne une large place aux résultats de 1999 qui paraissent alors que s'élabore l'appel de Strasbourg à l'initiative du Comité consultatif des étrangers de Strasbourg et du Conseil de l'Europe !
Les partis de gauche déposent dans les mois qui suivent deux propositions de loi à l'Assemblée nationale (Le Parti communiste français l'avait fait quelque temps avant les résultats) et les Verts utilisent leur niche parlementaire pour qu'une proposition attribuant le droit de vote municipal aux étrangers non communautaires soit enfin discutée et, avec l'appui du gouvernement, votée à l'Assemblée nationale en 2001. Que s'est-il donc passé en 1999 ? Tout simplement, le sondage montrait que 52 % des sondés étaient favorables au droit de vote.
Et La Lettre de la Citoyenneté faisait son entrée mouvementée à l'Assemblée nationale.
La bataille idéologique est en passe d'être gagnée. Certes La Lettre n'est pas responsable à elle seule de cette évolution, les sans papiers y ont certainement un rôle important (la montée dans les sondages apparaît avec la lutte des sans papiers), la campagne des "trois collectifs" et l'évolution des mœurs. Mais elle a eu le rôle non négligeable de détonateur !
Quant à la victoire politique, elle est encore loin d'être acquise. La loi est toujours sur le bureau du Sénat et ne sera probablement jamais discutée. Le gouvernement Jospin, politique équilibrée oblige, l'a abandonnée au Sénat. La droite, revenue aux affaires, a amusé le parterre, la gauche a fait un peu de surenchère et tout est à nouveau noyé dans le silence.
Mais La Lettre se place dans une perspective plus large. Par les informations qu'elle diffuse, par son lectorat (trop limité), elle se veut européenne et mondiale. Elle a en 2000, publié un sondage au niveau de l'Union européenne : 48 % environ des sondés sont favorables à l'extension du droit de vote et d'éligibilité pour les élections européennes à tous les résidents. Malheureusement les moyens financiers ne permettent pas de renouveler un sondage aussi important. C'est particulièrement regrettable au moment où se discute une éventuelle constitution pour l'UE. Il faut espérer que les "constituants" n'oublieront pas de parler de citoyenneté. La Lettre a proposé que, à côté de la nationalité, la résidence soit prise en considération pour attribuer la citoyenneté de l'UE. Cette proposition a été reprise dans une campagne, à l'échelle européenne, par ENAR (réseau européen contre le racisme). Malgré ses dix ans de parution régulière, malgré la place qu'elle a su se faire, La Lettre a encore du mal à équilibrer son budget ! Elle a besoin de subventions en plus du travail militant. N'y a-t-il pas en France, en Europe plusieurs dizaines de personnes suffisamment motivées en faveur du droit du sol et de la citoyenneté de résidence pour lui permettre de se développer et de trouver un équilibre ?
C'est à vous lecteurs, à vous militants de répondre pour lui donner l'autonomie financière et élargir son champ d'activités. Vous pouvez, par exemple, nous adresser les coordonnées de personnes susceptibles d'être intéressées, à qui nous ferons un envoi promotionnel des prochains numéros.
Merci de votre aide et bonne année 2003.