
4€ 15° année - n° 90 NOVEMBRE - DECEMBRE 2007
Comment les étrangers ont obtenu
le droit de vote ?
Il a fallu attendre 1999 pour que la Belgique donne aux citoyens européens
le droit de vote et ils purent participer aux élections locales
d’octobre 2000.
Les citoyens non européens ont, quant à eux, dû
attendre les élections locales de 2006 pour pouvoir participer (les
élections municipales ont lieu tous les
six ans en Belgique). Ils ne pouvaient cependant pas se porter candidat
aux élections, contrairement à leurs homologues européens.
Pendant la modification
de la constitution permettant le droit de vote local aux résidents
de l’Union européenne, le gouvernement de Dehaene II (démocrates
chrétiens et socialistes)
inclut en 1998 une clause spéciale dans la constitution. Celle-ci
stipulait que les lois électorales concernant le droit de vote des
résidents d’états tiers ne
pourraient être modifiées qu’après 2001. On ne
voulait pas donner directement le droit de vote aux résidents non
EU (de peur d’un vote réactionnaire au
profit de l’extrême-droite) mais on ne voulait également
pas manquer l’occasion de créer au moins la possibilité constitutionnelle
d’un droit de vote futur.
Les nationaux non EU ont finalement obtenu le droit de vote en 2004,
après une bataille politique particulièrement pénible
qui mit en péril le gouvernement
fédéral Verhofstadt II (libéraux et socialistes).
En 1999, en facilitant l’accès à la nationalité belge,
le gouvernement pensait que la nécessité de donner le droit
de vote local aux étrangers non européens disparaîtrait.
La nouvelle législation concernant la naturalisation n’a cependant
pas pu empêcher le sujet du droit de vote des étrangers non
européens de réapparaître.
En effet, les critiques se demandaient pourquoi le droit de vote serait
accordé aux résidents européens mais non aux résidents
hors UE. De plus, le débat sur
le droit de vote des résidents non européens a reçu
une importance particulièrement symbolique depuis deux décennies.
Les positions prises dans ce débat
étaient en effet considérées comme reflétant
la volonté réelle d’intégrer les étrangers
non européens au sein de la société belge.
Arme dans le conflit communautaire
Les politiciens de la communauté flamande étaient particulièrement
réticents de donner le droit de vote à tous les étrangers.
Une des raisons était la bataille
électorale sur le vote anti-immigration et le succès
de l’extrême droite et du parti raciste Vlaams Belang (jusqu’à
24% des votes en Flandre en 2004). Une
autre raison était la crainte de certains flamands que le droit
de vote aux résidents étrangers profite directement aux partis
francophones, ce qui aurait pu
affaiblir d’un cran supplémentaire les positions électorales
des partis flamands à Bruxelles et dans sa périphérie.
Le fait que les politiciens francophones
partageaient également cet avis et considéraient l’extension
maximale du corps électoral local (bien que présentée
comme un principe universel sacré) comme
une arme dans le conflit communautaire à Bruxelles et
dans sa périphérie est un secret de polichinelle. Le débat
sur le droit de vote local des citoyens
européens et non européens est donc devenu un enjeu dans
la lutte de pouvoir entre les deux communautés linguistiques. Maintenant
que le droit de vote
des étrangers est devenu un acquis et que le nombre d’électeurs
belges d’origine étrangère ne cesse particulièrement
de croître, les communautés francophone
et néerlandophone essaient de renforcer leurs positions au sein
des communautés ethniques. Les craintes flamandes restent jusqu’à
présent infondées : un
impact significatif et négatif sur les résultats des
partis flamands à Bruxelles et dans sa périphérie
n’a pas encore pu être observé.
Dirk Jacobs
Professeur de sociologie à l’Université Libre de Bruxelles