
4€ 15° année - n° 89 SEPTEMBRE - OCTOBRE 2007
ACCÈS A LA NATIONALITÉ :
difficile
pour les uns, facile pour les autres
Depuis plusieurs numéros, Paul Oriol
fait en page 4 de La Lettre de la
citoyenneté la synthèse
de l'accès à la nationalité dans les différents
pays de
l'Union européenne.
Des différences importantes persistent
entre les Etats sur les conditions exigées, durée de résidence,
maintien ou non de la nationalité
antérieure...Par contre la connaissance
de la langue, de l'histoire et de la culture du pays est de plus en plus
demandée.
Des tests de connaissance
Au Danemark, en Estonie, en Finlande, en Lettonie, en Lituanie...les candidats à la naturalisation doivent depuis longtemps connaître la langue du pays mais, avant 2006, seule l'Autriche demandait systématiquement à ses futurs nationaux de répondre à des questions sur l'histoire et les institutions du pays, en plus de la connaissance linguistique.
Depuis 2006, le Royaume Uni demande également
aux candidats à la nationalité britannique soit de suivre
des cours d'anglais soit de passer un test de 24 questions sur les institutions,
les traditions, les droits de l'homme (il n'y a aucune question sur l'histoire).
Début 2006 également, le Danemark relève le niveau
linguistique exigé auparavant et ajoute une épreuve écrite
d'une heure comportant 35 questions sur la société danoise,
sa culture, son histoire. Fin 2006, au Luxembourg, on instaure une épreuve
d'évaluation linguistique et l'obligation de suivre un cours d'instruction
civique mais sans examen. En mars 2007, c'est au tour de l'Allemagne de
demander aux candidats à la naturalisation de "prouver
leurs connaissances de l'ordre social et juridique" du
pays.
Des tests linguistiques sont prévus
au Portugal. Des "tests d'intégration"
sont
dans les tiroirs en Italie et en Pologne. La Hongrie se contente d'un certificat
témoignant de connaissances suffisantes de la langue et des
données constitutionnelles de base. La même tendance existe
en dehors de l'Europe. L'Australie vient de rendre publique les tests
auxquels devront répondre les candidats. Au Canada où ces
tests existent depuis un certain temps, on constate que la majorité
des Canadiens échoueraient au contrôle de connaissances
exigé pour leurs futurs compatriotes
(voir La
Lettre n°88).
De fait, il va devenir plus difficile d'acquérir la nationalité de son pays de résidence... sauf pour les sportifs.
La nationalité des sportifs
Les naturalisations des sportifs de haut niveau
est une pratique ancienne (voir La
Lettre n°70) qui s'emballe à
l'approche des Jeux Olympiques et des autres grandes compétitions
internationales. La possibilité de garder son ancienne nationalité
facilite les nouvelles acquisitions et permet de contourner les règlements
des fédérations sportives qui veulent limiter ces naturalisations
de circonstance. Cet été, plusieurs footballeurs brésiliens
ont pris la nationalité des pays où ils exercent leurs talents.
Le jeune basketteur Joakim Noah, fils de l'ancien champion de tennis français,
a, lui, l'embarras du choix : Américain parce que né aux
Etats Unis, Suédois par sa mère, il va devenir Français
pour la gloire de notre basket national...et le Cameroun, patrie d'origine
de son père, aimerait bien aussi le récupérer !
De leur côté, les conjoint(e)s
de Français(e)s ont vu les durées de vie commune exigées
pour demander la nationalité française s'allonger au fil
du temps : un an avant la loi Pasqua de 1993, quatre ans aujourd'hui !
Ce sont d'ailleurs les mêmes qui refusent d'accorder le droit de
vote aux étrangers en prenant comme argument la facilité
d'accès à la nationalité française qui votent
des lois mettant en place des obstacles supplémentaires à
la naturalisation.
Bernard Delemotte